Fraude au virement et fraude au président : reconnaître les signaux d’alerte et se protéger

Fraude au virement et fraude au président : reconnaître les signaux d’alerte et se protéger

Avec le développement massif du numérique et de l’intelligence artificielle, les escroqueries deviennent de plus en plus sophistiquées. Les fraudeurs utilisent aujourd’hui des techniques avancées, comme le clonage de voix (« deepfake » vocal) ou l’usurpation d’adresse e-mail, pour rendre leurs messages extrêmement crédibles. Leur but est presque toujours le même : vous pousser à réaliser un virement sur un compte qu’ils contrôlent.

Parmi ces escroqueries, deux formes reviennent très souvent : la fraude au virement et la fraude au président.

La fraude au virement

Qu’est-ce que la fraude au virement ?

La fraude au virement est une arnaque dans laquelle un escroc se fait passer pour une personne ou une entreprise à qui vous devez réellement de l’argent (fournisseur, bailleur, prestataire, etc.). Il vous demande de régler une facture ou une somme due, mais en vous donnant de fausses coordonnées bancaires. Le virement part alors sur le compte du fraudeur, et non sur celui du véritable créancier.

Dans de nombreux cas, l’escroc a réussi à pirater une messagerie (la vôtre ou celle du créancier) et repère une transaction en cours. Il se glisse ensuite dans l’échange d’e-mails et envoie un message qui semble parfaitement normal : même objet, même style, même signature… seul l’IBAN a changé.

Quels sont les bons réflexes à adopter en cas de fraude au virement ?

Si vous pensez avoir été victime d’une fraude au virement, le temps est un élément clé :

  • Contactez immédiatement votre banque pour signaler l’opération et tenter de bloquer les fonds.
  • Prévenez sans tarder le véritable créancier concerné, afin qu’il sache que son identité a été usurpée et qu’il ne pense pas avoir été réglé.
  • Conservez tous les éléments de preuve : e-mails, pièces jointes, captures d’écran, références de virement, relevés bancaires.
  • Vérifiez en détail les paramètres de votre messagerie (règles de redirection, adresses inconnues ajoutées, etc.) et changez vos mots de passe.
  • Déposez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie, ou via les services en ligne prévus à cet effet.

Même si le remboursement n’est pas garanti, réagir très vite augmente les chances de récupérer tout ou partie des fonds, notamment si le virement peut encore être bloqué.

La fraude au président

Qu’est-ce que la fraude au président ?

La fraude au président est un cas particulier de fraude au virement, qui touche surtout les entreprises. L’escroc se fait passer pour un dirigeant ou un responsable important (président, directeur général, directeur financier…) et cherche à manipuler un salarié pour lui faire exécuter un virement ou lui soutirer des informations sensibles.

Le scénario classique

Un salarié reçoit un e-mail ou un appel présenté comme venant de son « patron », lui demandant un virement urgent et confidentiel, souvent dans un contexte de « dossier stratégique », d’« acquisition secrète » ou de « contrôle fiscal à gérer discrètement ». Par respect de la hiérarchie, par crainte de mal faire ou par manque de temps, le salarié peut alors obéir sans vérifier.

Les services les plus souvent visés

  • la comptabilité et le service financier ;
  • les ressources humaines ;
  • l’informatique ;
  • la direction.

Ces services sont visés car ils disposent de pouvoirs de virement ou d’accès à des données sensibles.

Quels sont les indices pour repérer une fraude au président ?

Il n’est pas toujours facile de démasquer ces escroqueries, surtout avec des techniques comme le deepfake vocal. Plusieurs signaux doivent toutefois faire naître un doute :

  • une demande très urgente et inhabituelle (« il faut faire ce virement tout de suite », « ne passe surtout pas par la procédure habituelle ») ;
  • une exigence de confidentialité excessive ;
  • une adresse e-mail légèrement différente de l’adresse connue, ou une adresse privée au lieu de l’adresse professionnelle habituelle ;
  • un style de message qui ne ressemble pas à celui de la personne (ton étrange, tournures inhabituelles, fautes d’orthographe) ;
  • un message reçu en dehors des heures de travail (tard le soir, week-end, vacances) pour mettre la pression et éviter les vérifications.

Que faire en cas de fraude au président ?

Pour les salariés

Si vous réalisez que vous avez été trompé, ou même si vous avez seulement un doute :

  • prévenez immédiatement votre hiérarchie et/ou le service de sécurité informatique ;
  • ne réalisez plus aucun virement ni partage d’informations sensibles lié à cette demande tant que la situation n’est pas clarifiée ;
  • suivez la procédure de signalement interne (incident de sécurité, fraude, etc.) ;
  • si vous avez ouvert des pièces jointes ou cliqué sur des liens, signalez-le pour que les mesures techniques nécessaires soient prises (analyse, déconnexion éventuelle du réseau).

À plus long terme, suivre une formation en cybersécurité est un excellent moyen d’apprendre à reconnaître ces scénarios et à adopter les bons réflexes.

Pour les entreprises

Les entreprises ont un rôle central dans la prévention de ces fraudes. Quelques mesures peuvent réduire fortement le risque :

  • mettre en place des procédures de validation des virements (double signature au-delà d’un certain montant, confirmation par téléphone pour les ordres sensibles, etc.) ;
  • limiter la capacité de chaque salarié à initier seul des virements importants ;
  • organiser des formations régulières pour rappeler les principaux types d’arnaques et les signaux d’alerte ;
  • définir clairement les canaux considérés comme fiables pour les ordres de paiement et interdire les dérogations informelles (par exemple : jamais de virement important ordonné uniquement par e-mail non vérifié) ;
  • renforcer la sécurité informatique (authentification multifacteur, mises à jour régulières, surveillance des accès, etc.).

Responsabilité de la banque et du dirigeant : l’idée générale

Sans entrer dans tous les détails juridiques, on peut retenir deux idées simples.

La banque

La banque n’est pas un « assureur automatique » de toutes les fraudes : elle n’est donc pas systématiquement obligée de rembourser.

En revanche, elle doit agir avec vigilance : lorsqu’un virement présente des caractéristiques clairement anormales (montants très élevés pour un client qui ne fait jamais de telles opérations, virement inhabituel vers l’étranger, changement brutal d’IBAN, etc.), elle doit se poser des questions et, si besoin, contacter son client avant d’exécuter l’opération. Si elle n’a pris aucune précaution alors que les signaux d’alerte étaient évidents, sa responsabilité peut être engagée.

Le dirigeant

Le dirigeant n’est pas automatiquement responsable dès qu’une fraude survient dans l’entreprise. On peut en revanche mettre en cause sa responsabilité si la fraude révèle un véritable défaut d’organisation ou de prudence : aucune procédure de contrôle des virements, aucune sensibilisation des équipes, tolérance de pratiques dangereuses (validation orale sans trace, ordres de paiement informels), absence de réaction malgré des alertes, etc.

Dans les situations les plus graves, ces manquements peuvent être analysés comme une négligence ou un manquement à une obligation de sécurité, avec des conséquences sur le plan civil et parfois pénal selon les cas.

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