Effets indésirables des vaccins anti-Covid : la thèse contestée d’un chercheur du CNRS

Depuis la fin de la crise sanitaire, un débat reste ouvert en France sur la façon dont les effets indésirables des vaccins anti-Covid ont été traités par le gouvernement et par les médias. Un article publié en 2025 dans la revue Dogma relance cette discussion. Son auteur, Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au CNRS, y défend une thèse précise : selon lui, la question des effets indésirables serait devenue un véritable tabou politico-médiatique en France entre 2021 et aujourd’hui.

Cet article présente cette thèse telle qu’elle est formulée par son auteur. Il ne s’agit pas d’une position validée par un consensus scientifique. C’est une lecture parmi d’autres, qui s’appuie sur une sélection de sources et d’événements, et qui reste discutée par une partie de la communauté scientifique et médicale. Nous la présentons ici à titre d’information, avec la prudence que ce sujet impose.

Qui est Laurent Mucchielli et que dit-il ?

Laurent Mucchielli dirige des recherches au Centre méditerranéen de sociologie, de science politique et d’histoire, rattaché à Aix-Marseille Université et au CNRS. Il a publié plusieurs ouvrages sur la gestion politique de la crise sanitaire, notamment « La Doxa du Covid » en 2022. Son article de 2025, intitulé « Effets indésirables des vaccins anti-Covid : la construction d’un tabou politico-médiatique », reprend et prolonge cette ligne d’analyse.

Sa thèse centrale peut se résumer ainsi. Au début de l’année 2021, une phase d’incertitude aurait marqué le lancement de la campagne vaccinale, avec en particulier ce que l’auteur appelle « l’affaire AstraZeneca ». Puis, à l’approche de l’été 2021, le gouvernement aurait cherché à vacciner l’ensemble de la population et à faire adopter une obligation vaccinale. Selon Mucchielli, le débat public se serait alors resserré autour d’un discours unique, insistant sur l’efficacité et la sûreté des vaccins à ARN messager, et écartant toute critique en la qualifiant d’« anti-vax ».

Les exemples cités par l’auteur

Pour étayer sa thèse, Mucchielli s’appuie sur plusieurs épisodes de la campagne vaccinale française.

Il revient d’abord sur les déclarations du ministre de la Santé Olivier Véran, le 7 janvier 2021, sur la fréquence des effets indésirables graves. L’auteur compare ces déclarations aux données publiées dans l’essai clinique de Pfizer, paru quelques semaines plus tôt, et relève un écart important entre les deux.

Il s’attarde ensuite sur l’épisode du vaccin AstraZeneca, retiré du marché en 2024. Il rappelle les hésitations de certains médecins généralistes début 2021, la suspension temporaire de ce vaccin par plusieurs pays européens en mars 2021, et les prises de position d’Alain Fischer, présenté par les pouvoirs publics comme référent de la stratégie vaccinale. Mucchielli conteste certains chiffres avancés par ce dernier sur l’efficacité du produit, en les comparant aux publications scientifiques disponibles à l’époque dans le Lancet et dans la revue Prescrire.

L’article évoque aussi les réévaluations successives de la Haute Autorité de Santé sur ce vaccin, que l’auteur interprète comme un manque d’indépendance vis-à-vis des demandes du gouvernement. Il mentionne enfin des effets indésirables documentés dans la littérature scientifique au cours de l’année 2021, comme les cas de myocardites, de thromboses ou de paralysie faciale associés à certains vaccins, ainsi que les travaux d’un chercheur, Adrian Staii, sur la façon dont la presse française a couvert la campagne vaccinale entre décembre 2020 et août 2021.

Une thèse qui reste débattue

Il est important de le rappeler clairement : cette analyse n’est pas partagée par l’ensemble de la communauté scientifique. Les autorités sanitaires françaises et européennes, ainsi que la grande majorité des études de pharmacovigilance publiées depuis 2021, concluent que le rapport bénéfice-risque des vaccins anti-Covid reste très favorable pour la population, y compris en tenant compte des effets indésirables recensés.

Les effets graves évoqués par Mucchielli, comme les myocardites ou les thromboses, ont bien été identifiés et documentés par les agences du médicament. Mais leur fréquence reste faible, et leur existence n’a jamais été niée par ces agences, contrairement à ce que suggère l’idée d’un « tabou ». L’Agence européenne des médicaments a par exemple ajouté ces effets à la liste des risques connus dès l’été 2021, ce que l’auteur lui-même mentionne dans son article.

Le désaccord porte donc moins sur l’existence de ces effets indésirables, qui est reconnue par tous, que sur leur ampleur, sur la façon dont ils ont été communiqués au public, et sur l’interprétation politique que Mucchielli en tire. Son article relève d’une démarche de sociologie critique des médias et de l’action publique, pas d’une étude épidémiologique. Il choisit et interprète des sources dans le sens de sa thèse, ce qui est la logique même d’un article d’opinion scientifique, mais cela signifie aussi que d’autres lectures des mêmes faits sont possibles et existent.

Pourquoi ce débat concerne aussi le droit

Ce débat n’est pas seulement scientifique ou médiatique. Il a des conséquences juridiques concrètes, sur lesquelles notre cabinet peut apporter un éclairage utile.

Les personnes qui estiment avoir subi un effet indésirable grave après une vaccination contre la Covid-19 disposent d’une voie de recours en France. L’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a été chargé d’indemniser les victimes d’effets indésirables liés à la vaccination anti-Covid, dans un cadre spécifique mis en place par les pouvoirs publics.

Cette procédure permet à toute personne vaccinée, quel que soit le vaccin reçu, de demander la reconnaissance d’un lien entre son état de santé et l’injection, puis une indemnisation, sans avoir à prouver une faute de l’État ou du fabricant. C’est un régime de solidarité nationale, comparable à celui qui existe pour d’autres vaccinations obligatoires depuis des décennies.

Les questions posées par Mucchielli, qu’on partage ou non ses conclusions, rappellent l’utilité de ce dispositif. Il permet à chacun de faire valoir ses droits sans avoir à trancher, à titre individuel, le débat scientifique plus large sur les vaccins anti-Covid.

Ce qu’il faut retenir

L’article de Laurent Mucchielli défend une thèse forte et documentée : celle d’un tabou construit autour des effets indésirables des vaccins anti-Covid. Cette thèse s’appuie sur une lecture critique de plusieurs épisodes de la campagne vaccinale française, et sur des travaux de recherche en sociologie des médias.

Elle reste cependant une position minoritaire et contestée, qui ne reflète pas le consensus des agences sanitaires ni de la majorité des études publiées sur le sujet. Le lecteur gagne à la connaître, à la lire avec l’esprit critique qu’elle revendique elle-même, et à la confronter à d’autres sources.

Pour toute personne s’interrogeant sur ses droits en cas d’effet indésirable après une vaccination contre la Covid-19, notre cabinet reste à disposition pour faire le point sur les démarches possibles auprès de l’ONIAM et sur les délais à respecter.

Source : Laurent Mucchielli, « Effets indésirables des vaccins anti-Covid : la construction d’un tabou politico-médiatique », Dogma, 2025, n°31, p. 71-97.

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